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CALAME Claude et CHARTIER Roger (dir.)  

Identités d'auteur dans l'Antiquité et la tradition européenne

2-84137-165-4 - Année : 2004 - 208 Pages - 22 €
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Dans la tradition occidentale moderne, la figure de l’auteur correspond à un individu historique, avec ses déterminations psycho-sociales et son identité civique. A cette conception biographisante de l’auteur, Michel Foucault a proposé de substituer la notion de « fonction-auteur ». Coupé de son autonomie en tant que personne, privé de sa volonté créatrice individuelle, l’auteur devient ainsi une construction qui s’élabore en relation avec des formations discursives particulières.
Il est incontestable qu’avant de se référer à un sujet historique avec son identité psycho-sociale, à une personne juridique responsable, voire à une fiction sociale couverte par un pseudonyme, les indices d’énonciation que nous percevons dans toute forme de discours renvoient d’abord à une figure construite dans le texte. S’élaborant dans le développement du discours même, cette figure est douée d’un éthos particulier, d’ordre fictionnel.
Dans la tradition gréco-romaine, les noms d’auteur ne manquent pas : soit qu’ils apparaissent dans les formes de signature que sont les « sphragides », soit qu’ils sont cités et mis en scène par des poètes, des philosophes ou des historiographes comme Homère ou Archiloque chez Pindare, Eschyle, Sophocle et Euripide dans les comédies d’Aristophane, ou Homère et Hésiode chez Hérodote. A côté des cultes qui dans l’Antiquité sont rendus à certains poètes en tant que héros, à côté de citations qui consacrent volontiers l’autorité poétique d’un littérateur, l’identité autoriale semble se cristalliser en particulier autour d’œuvres considérées en tant que corpus ou autour d’un genre particulier : Iliade ou Odyssée, mais aussi certains Hymnes homériques pour Homère, corpus de vers élégiaques pour Théognis, série d’inscriptions intégrées à l’Anthologie Palatine, Bucoliques pour Virgile, sans parler de l’autorité philosophique diffractée dans la polyphonie des dialogues de Platon.
Quelles sont donc les modalités énonciatives et les formes poétiques auxquelles renvoie la « fonction- auteur » dans l’Antiquité ? Les réponses apportées à ces deux questions sont ici précisées dans la confrontation comparative et contrastive avec d’autres traditions littéraires, au cours du Moyen-âge européen, à la Renaissance, au xviie siècle. Le dialogue entre antiquisants et modernistes débouche ainsi sur une tentative de comparaison différentielle.



Chapitre I 

Claude CALAME
Identités d’auteur à l’exemple de la Grèce classique :
signatures, énonciations, citations

Chapitre II
Gregory NAGY
L’aède épique en auteur : la tradition des Vies d’Homère

Chapitre III 
Roger CHARTIER
La parole ailée et sacrée

Chapitre IV
Jesper SVENBRO
La naissance de l’auteur dans une inscription grecque
(Anthologie palatine 6, 197)

Chapitre V
Anne-Marie CHRISTIN
L’énonciation écrite en Europe à l’ère de l’imprimé :
de la présence du blanc à la lecture d’auteur

Chapitre VI 
André LAKS
“Qu’importe qui parle” :
sur l’anonymat platonicien et ses antécédents

Chapitre VII
Dinah RIBARD
Anonymat philosophique et exigence autoriale à l’époque moderne

Chapitre VIII
Christian JACOB
La construction de l’auteur dans le savoir bibliographique antique : à propos des Deipnosophistes d’Athénée

Chapitre IX
Jean-Marc CHATELAIN
La définition bibliographique de l’auteur, entre reconnaissance technique et reconnaissance morale

Chapitre X
Florence DUPONT
Comment devenir à Rome un poète bucolique ?
Corydon, Tityre, Virgile et Pollion

Chapitre XI
Christian JOUHAUD
“Qu’est-ce qu’un auteur ?”
de l’Antiquité romaine au xviie siècle