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PÉTRARQUE  

L’Afrique - 1338

2-84137-133-6 - Année : 2002 - 582 Pages - 37 €
Traduit du latin et présenté par R. Lenoir
COMMANDE


L’Afrique, épopée en neuf livres sur les exploits de Scipion l'Africain contre Carthage lors de la seconde guerre punique, demeure une œuvre éminemment déconcertante. Pétrarque la laissera inachevée et pourtant c'est elle qu'il choisira de citer par trois fois dans La lettre à la postérité, sorte de testament littéraire où l'auteur cisèle l'image qu'il voudrait laisser de lui à ses contemporains et ses lecteurs à venir. L’Afrique prend valeur de symbole, celui d'un dessein cher au cœur de Pétrarque, rappeler à la mémoire la res romana et faire reconnaître son statut d'exemplum. Pétrarque tente d'y définir un nouveau projet épique, une symbiose entre histoire et poésie, réalité et fiction, construite sur une sorte de syncrétisme où religion chrétienne et religion antique ne se heurtent point.
Le seul fragment de L’Afrique divulgué lors du vivant de Pétrarque suscitera bien des critiques : ses contemporains acceptent mal que Magon, le barbare punique, frère d'Hannibal combattant Rome, puisse mourir en confessant ses fautes et en déplorant en des accents trop chrétiens sa tardive découverte de la valeur de la vertu. La plainte de Magon n'est pourtant pas le passage le plus étrange de l'épopée, quelles réactions aurait pu susciter la lecture du livre VII où Jupiter n'hésite pas à annoncer sa venue prochaine en s'incarnant en Christ … ?
On l'a compris, L’Afrique longtemps délaissée, nous offre une série d'éclairages qui pourraient bien se révéler essentiels pour mieux comprendre l'œuvre de Pétrarque : tissage complexe de diverses influences textuelles aussi bien classiques que médiévales – L’Afrique s'inscrit en réaction contre la grande poésie épique du XIIème siècle – ; approche de la spiritualité du quatorzième où le Dieu chrétien flirte encore avec les dieux païens ; étrange fascination du féminin faisant irruption au livre V dans le personnage de Sophonisbe, si curieusement sœur de Laure, auquel Pétrarque est le premier à donner sa dimension tragique avant la lettre ….

Jamais peut-être Pétrarque ne se donne autant à deviner et à voir que dans ce texte insolite, nous rappelant que bien souvent ce sont des œuvres trop vite classées comme "mineures" qui révèlent un auteur.
(Première traduction - édition bilingue)